Evénement économique de la CCIG à Genève
Genève, 04.11.2026 — Discours du conseiller fédéral Beat Jans
La parole prononcée fait foi.
Mesdames et Messieurs en vos titres et fonctions,
Connaissez-vous Highlander ? Dans ce film qui raconte la bataille de guerriers immortels, il y a cette réplique mémorable : « There can be only one ! » Toute ressemblance avec des personnages existants serait, bien entendu, purement fortuite. « Il ne peut en rester qu’un ! » C'est une bonne formule pour un film fantastique. Mais une bien mauvaise pour notre monde réel. En Suisse, nous préférons en tout cas cette traditionnelle devise : « Un pour tous, tous pour un. »
Revenons à la réalité. Dans ce film jouait Christophe Lambert, un ancien élève de l’Institut Florimont, où nous sommes accueillis chaleureusement ce soir. Ici, on apprend très tôt à travailler ensemble, à respecter les règles, à penser les frontières comme des passerelles. Cet état d’esprit peut sembler démodé aujourd’hui dans un monde où l’on traite ses partenaires avec mépris, où l’on se moque des règles internationales, où l’on veut fermer les frontières. Même dans les cours d’école, les enfants sont plus responsables.
Cela m’amène à cette soirée, organisée par la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, que je remercie vivement pour son invitation. « PME suisses : les clés de la résilience et de la compétitivité ». Tel est le thème de cet événement. Notre résilience nous permet de tenir même dans les moments difficiles. Notre compétitivité fait notre succès. Résilience et compétitivité s’accompagnent aussi de responsabilités. Des responsabilités sociales et environnementales.
Ce sujet occupe, de nouveau, les débats politiques, avec l’initiative populaire « Pour des grandes entreprises responsables ». Le Conseil fédéral recommande son rejet et propose à la place un contre-projet pragmatique, basé sur les objectifs suivants. Les grandes entreprises suisses doivent assumer leurs responsabilités, pour respecter les droits de l’homme et protéger l’environnement. Pour cela, elles ont besoin de règles applicables. Des règles qui leurs permettent de rester compétitives. Et qui sont harmonisées au niveau international. La volonté du Conseil fédéral est de se calquer sur les règles européennes, sans aller au-delà. Le projet du Conseil fédéral vise avant tout l’efficacité. Pour cela, il veut limiter au strict minimum les charges administratives pour les entreprises concernées. Car il s’agit de préserver la fiabilité et la stabilité des entreprises, essentielles en ces temps d’incertitude et de bouleversements mondiaux.
Quand on parle de compétitivité, un aspect est déterminant pour notre pays : l’accès aux marchés extérieurs. Il se trouve que l’Union européenne (UE) est notre principal partenaire commercial, et de loin. La Suisse réalise 60% de ses échanges commerciaux avec l’UE. Le commerce avec les régions frontalières de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Autriche est même plus important que le commerce de la Suisse avec les États-Unis. La Suisse romande a une économie exportatrice très diversifiée. C’est l’une des plus dynamiques de Suisse. Sa réussite dépend largement d’un accès au marché européen et du recrutement de travailleurs provenant de l’UE. Pour nos entreprises, un accès aussi fluide que possible au marché intérieur européen est donc capital.
Aujourd’hui, les accords bilatéraux permettent, par exemple, d’éviter à la plupart des produits industriels suisses une double homologation, une fois pour la Suisse et une fois pour l’UE. Cela prend moins de temps. Cela coûte moins cher. Et cela représente moins de formalités administratives. La voie bilatérale a fait ses preuves. C’est pour cela aussi que le Conseil fédéral veut la stabiliser et la développer, avec les Bilatérales III.
Chères représentantes et chers représentants des milieux économiques,
Parler de résilience de nos jours prend une autre dimension. Avoir les meilleurs produits et bénéficier des meilleures conditions-cadre ne sert pas à grand-chose quand le monde se déchire. La guerre est de retour en Europe et des menaces pèsent sur notre sécurité. La notion même de sécurité a complètement changé. Aujourd’hui, une attaque n’a plus besoin de chars ou de missiles. Elle peut venir par la fibre optique, pour viser nos infrastructures ou pour influencer notre démocratie. Les entreprises actives à l’international savent bien à quel point les voies d’approvisionnement sont devenues vulnérables et les marchés d’exportation fragiles.
Que pouvez-vous faire, vous, dirigeantes et dirigeants, face à ces menaces ? Anticiper les risques. Vous préparer aux crises. Diversifier vos voies d’approvisionnement. Et investir dans votre sécurité. En somme, vous adapter, être résilients. Que pouvons-nous faire, nous, au niveau politique ? Veiller à notre sécurité collective. Protéger nos infrastructures. Renforcer nos institutions. Et travailler avant tout avec des partenaires fiables.
Être résilient, c’est savoir coopérer en bonne intelligence. Être résilient, c’est pouvoir compter sur des alliés. Être résilient, c’est appliquer cette devise qui fait la Suisse : « Un pour tous, tous pour un ».
Dans un monde interconnecté, la coopération est essentielle. Celle avec les États voisins et l’Union européenne. L’Europe est notre espace de sécurité. L’Europe est aussi notre patrie politique, culturelle et géographique. Sur ce plan-là, le Canada marque un intérêt pour faire bouger les lignes. Je repense au récent discours prononcé par son Premier ministre, Mark Carney, devant le Parlement européen : « Nous ne sommes pas des alliés des beaux jours. Notre engagement en faveur de l’État de droit et notre défense inébranlable de la dignité humaine, de la liberté individuelle et de la démocratie partagent les mêmes racines profondes. »
Ces mots résonnent en Suisse avec pertinence. Nous ne faisons, certes, pas partie de l’Union européenne, mais bien de l’Europe. La géographie fait de nous des voisins. Genève le sait très bien. L’économie fait de nous des partenaires. Nos valeurs communes font de nous des alliés.
Mesdames et Messieurs,
Dans de nombreux domaines, nous agissons déjà avec nos partenaires européens. Collaborer, ne nous rend pas plus dépendants. Collaborer, nous donne plus de possibilités. Et être capable d’agir, c’est garder sa souveraineté. La population l’a d’ailleurs bien compris en refusant l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! ».
Un autre enjeu majeur, que j’ai évoqué auparavant, nous concernent toutes et tous, et vous ici, en particulier : les Bilatérales III. Lors de la session d’automne, le Conseil des États a donné une ligne claire. Il a notamment validé les mesures de protection des salaires. Celles qui ont été longuement négociées entre le patronat et les syndicats. Les Bilatérales III ont donc franchi une première étape parlementaire importante. Cela n’allait pas de soi et il faut y voir un succès. C’est maintenant au Conseil national de s’emparer de ce dossier primordial pour l’avenir de la Suisse.
Mesdames et Messieurs,
Compétitivité, résilience et responsabilité sont les piliers d’une économie solide. Nous devons pouvoir miser sur nos propres atouts, avec des partenaires fiables, tels que nos voisins européens.
L’histoire montre que la Suisse a toujours su conclure des accords avec ses voisins. Elle reste ainsi fidèle à cette tradition. Et à cette devise qui orne la coupole du Palais fédéral : « Un pour tous, tous pour un ».
Merci de votre attention.
